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Historique
Les biographies du GEOP
"QUI ETAIT-IL ?"
Pierre Le Damany (1870 - 1963) par D. Le Nen, G. Jacob, A. Fabre (Brest)
Le Professeur Pierre Le DAMANY fut une des personnalités les plus marquantes de son époque. Simple, effacé, même timide, il n'aimait pas parler de lui. Voulant toujours rester dans l'ombre des honneurs, il ne trouvait son bonheur que dans le travail et dans sa famille. Il s'intéressa à tout, se passionna pour tout, empreint d'un immense besoin de chercher, de travailler, de trouver. Il aimait parler de tout, pourvu que la discussion fût enrichissante. Ses connaissances étaient si étendues et sa curiosité d'esprit si vive, que tout l'intéressait. Il pouvait parler ainsi, pendant une matinée entière de sujets qui le préoccupaient : paraplégie, paralysie faciale, paralysie générale, polynévrite, cirrhose atrophique de LAENNEC, étiologie des comas, des méningites, des péricardites, maladies de Raynaud, d'Addison ou de Hodgkin...Il fut aussi à l'origine de la découverte du tubercule sous-pleural et de la description ainsi que de la pathogénie des oedèmes d'origine hépatique. Les témoignages oraux recueillis auprès de ses élèves étaient unanimes à reconnaître en lui un personnage d'une grande modestie, d'une intelligence remarquable, d'une conscience sans tache et surtout d'une grande beauté morale. C'était un être qui aimait ses élèves, autant que ses malades ; la sympathie et l'esprit humain rayonnaient de sa personne. C'était un travailleur acharné, se levant tôt le matin, de santé robuste, un "breton taillé dans le granit de la péninsule".
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Il naquit le 27 mai 1870 à LANNION. Septième d'une famille qui comptera 11 enfants, son premier modèle fut son père dont la simple vie paysanne ne fut que la mise en pratique de la vieille devise bretonne : FEIZ A LEALDEL , c'est-à-dire FOI ET LOYAUTE. " L'atmosphère de notre humble maison était toute imprégnée de cette haute moralité. Or, c'était l'influence de mes parents qui en était la source. " .Il fut un élève brillant, régulièrement premier de la classe. En 1887, à l'âge de 17 ans, il prit le chemin de l'Ecole de Médecine de Rennes. Son attirance pour la médecine lui vint sans doute parce qu'il fut marqué à Lannion, en 1887 , par une épidémie de variole "noire", qui fit de nombreuses victimes. Il fut probablement également influencé par l'exemple de son frère aîné, Etienne, étudiant en médecine, et par l'amitié qui le liait à Félix Le DANTEC, futur savant, biologiste et philosophe qui passa une grande partie de sa jeunesse chez son père, médecin à Lannion. A la fin de la 2ème année de médecine, les étudiants pouvaient se présenter au Concours de l'Internat. Ce concours était un concours hospitalier et en même temps universitaire, car le premier au classement devenait en même temps chef de clinique, était attaché à un service d'enseignement et était appointé comme tel. Reçu premier au concours de l'internat de Rennes en 1889, il fut nommé prosecteur à l'Ecole de Médecine. " L'hôpital le matin, 7 jours par semaine, car le repos du dimanche, non seulement n'était pas obligatoire, mais n'était même pas admis par les chefs ; travaux pratiques, 6 jours par semaine ; les livres pour les soirées, voilà résumée la vie rennaise des étudiants en médecine, à la fin du siècle dernier.".
De grands noms marquèrent le début de ses études médicales : ROENTGEN, qui découvrit en 1895 les rayons X, PASTEUR qui expérimenta le vaccin antirabique (1885), KOCH qui mit au point la tuberculine (1890), FREUD l'inventeur de la psychanalyse (1896). La chirurgie reflétait les grands noms rennais de cette époque : Aubrée et DAYOT. " Monsieur AUBRéE, écrivait Le DAMANY, était doué d'une habileté prestigieuse, grâce à laquelle il réussissait, sans aucune antisepsie, tant d' opérations où ses confrères échouaient malgré le "spray", l'eau phréniquée et l'iodoforme.". Le docteur DAYOT, son père, était aussi un chirurgien de la vieille époque, si fin dans ses diagnostics, si spirituel dans ses paroles. Le docteur Hippolyte DAYOT, "DAYOT-fils" comme nous l'appelions, fut pour nous comme pour toute la région rennaise, pendant les dernières années du siècle précédent et les 20 premières années de ce siècle, le chirurgien par excellence. Il créa, il implanta dans les hôpitaux de Rennes, la chirurgie moderne avec ses techniques nouvelles, avec l'antisepsie et l'asepsie. Au prix de quelles luttes, et de quelles difficultés, lui seul pourrait les raconter, car nous n'en avons connu que les échos. Avant le début de ses études, régnait la septicité totale. Aucune précaution n'était prise pour éviter la suppuration et l'infection. A l'Ecole annexe de la Santé de BREST, 10 ans auparavant, un Professeur enseignait à son frère aîné, futur médecin de la marine : " Le pus est une nécessité, sa lymphe plastique préside à la cicatrisation des plaies. ". Dans ce temps-là, les chirurgiens avaient pour préoccupation de faire le moins possible d'incisions, d'avoir dans leurs services le moins possible de plaies suppurantes créées par eux ; leurs précautions considérées alors comme parfaites feraient frémir actuellement : " Un bistouri avait-il été souillé par du pus ou du sang, qu'un peu de salive d'abord, puis un bon essuyage au coin du tablier avaient vite fait de le rendre net. La lame repliée dans un beau manche en écaille, l'instrument reprenait sa place dans la trousse en cuir.". L'antisepsie (eau phréniquée) était bien rudimentaire, mais elle avait déjà constitué un énorme progrès."
Pour ma part, écrivait LE DAMANY, je ne garde pas un très bon souvenir de cette période d'antisepsie à outrance; se laver fréquemment les mains avec l'eau phréniquée, était un traitement que mon épiderme ne supportait que très mal. Sait-on encore que des panaris soignés par des compresses imbibées d'eau phréniquée à 5%, il en résultait parfois une gangrène de la peau en doigt de gant. Il ne restait qu'un seul remède : l'amputation. ". Du temps de son internat à Rennes, les interventions se faisaient dans la salle d'opération, pièce unique pour tout l'hôpital et pour tous les opérés, septiques ou non. Toutes les interventions devenaient "suppurantes", dès qu'il y avait section de tissus. Pendant ce temps, une véritable révolution se faisait dans le service voisin. Le docteur Hippolyte DAYOT arrivait, imprégné des méthodes de LISTER, importées en France par LUCAS-CHAMPIONNIERE. Alors on vit le spray répandu dans les salles d'opération par un vaporisateur : il avait pour but de détruire les microbes de l'air. Les objets de pansements, les champs opératoires et les instruments étaient soumis à l'ébullition. Les mains de l'opérateur étaient soigneusement désinfectées, ainsi que ses avant-bras. Mais les blouses et les tabliers n'étaient pas stérilisés, et il n'y avait pas de masque.
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Après de brillantes études rennaises, Le Damany tenta et réussit le concours de l'Internat des hôpitaux de Paris en 1893 et fut interne en 1894. Il vint passer dans la capitale quatre années fructueuses pour sa formation médicale. En 1897, il passa une thèse brillante sur les pleurésies sérofibrineuses primitives et secondaires, alors qu'il avait déjà publié dans les principales revues de l'époque. Son internat terminé, il revint à Rennes fin 1897. Dès février 1898, il fut chef de travaux d'Anatomie et de Physiologie, nommé pour une période de neuf ans par décision ministérielle. Le 10 février 1900, par arrêté du ministre de l'Instruction Publique, il fut nommé pour neuf ans Professeur-Suppléant des chaires de Pathologie et de Clinique Médicale. Parallèlement à son enseignement, il passait de longues heures dans son laboratoire qui jouxtait son service de l'Hôtel-Dieu. C'est là qu'il fabriqua ses moulages anatomiques et anthropologiques et qu'il utilisa ses appareils de mesure concernant les angles de torsion osseuse. C'est là encore qu'il mit au point un nouvel appareil pour le traitement orthopédique de la luxation congénitale de hanche, par détorsion du fémur, ce qui lui valut un brevet d'inventeur.
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En 1902, il devint Professeur d'Hygiène et de Médecine Légale. Dans le même temps il ne cessa de publier régulièrement et de communiquer depuis 1903 à 1910, de nombreux articles ayant trait à la luxation congénitale de hanche. C'est courant 1912, qu'ayant fait la somme de ses travaux publiés jusque là, il fit paraître un volumineux ouvrage de 697 pages. La portée des travaux du Professeur LE DAMANY sur la luxation congénitale de hanche a été importante et la recherche du "signe du ressaut" préconisée dès 1912, aboutira à la raréfaction de la maladie.
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En 1913, il devint Professeur de Clinique Médicale et Médecin-Chef à l'Hôtel-Dieu, poste qu'il occupa pendant 26 ans. Il se consacra alors exclusivement à ses fonctions hospitalières et universitaires, poursuivit ses travaux sur la luxation congénitale de hanche, les oedèmes chez les hépatiques, ses recherches sur la pleurésie sérofibrineuse et la découverte du tubercule sous-pleural. C'est au début de la guerre 1939-1940 qu'il fit installer un service de phtisiologie dans Pontchaillou.
Il aimait aussi voyager. Les congrès médicaux lui permettaient de visiter les muséums dans le but de toujours mieux connaître l'homme. A Paris, le Muséum d'Histoire Naturelle, ou le Musée DUPUYTREN, siège de l'Ecole d'Anthropologie étaient ses lieux de prédilection pour étudier. C'est ainsi qu'il approfondissait ses travaux sur la luxation congénitale, qu'il traitait à Rennes depuis le début du siècle. Sa réputation dans ce domaine était telle, qu'en tant que médecin consultant, il recevait une large clientèle de tout l'Ouest. C'est à la clinique Sainte -Anne où il consultait les après-midi qu'il pratiquait les réductions orthopédiques des luxations congénitales de hanche, posait l'appareil plâtré de LORENZ, et dans un second temps, l'appareil métallique qu'il inventa. Poursuivant ses travaux sur la luxation congénitale de hanche, il fit paraître en 1950, chez MALOINE, un ouvrage résumant la somme des connaissances acquises jusque-là, et intitulé : " L'enfant - Aperçus d'anthropogénie - La luxation congénitale de hanche - Comment l'éviter ? ", ouvrage qui connut un tel succès qu'il fut réédité en 1956. Dans ce livre, il ne renie aucune des idées premières qu'il avait découvertes et émises dès le début de ce siècle. Cet ouvrage suscita de très nombreux commentaires élogieux . Le docteur REGNAUD lui écrivait ceci :" ... le traitement de cette luxation congénitale dont on considérait, quand je commençais la médecine, la guérison comme impossible et qui constituait à jamais une infirmité toujours progressive, et qui, maintenant, grâce à vos travaux, peut être guérie par tout médecin qui veut bien s'en inspirer ".Les préparations anatomiques et anthropologiques qu'il avait faites à l'occasion de ces recherches (moulages, appareils de mesure des angles de torsion) étaient réunis dans son laboratoire attaché à son service à l'Hôtel Dieu, mais elles furent détruites pendant la deuxième guerre mondiale. Il eut de nombreuses autres responsabilités, fut fait Chevalier de la Légion d'Honneur en 1949 et élevé au grade d'Officie en 1959. Il mourut en 1963. Il avait 93 ans.
Références
Bénard. H.M. La luxation congénitale de la hanche in : "La santé en bretagne", ed. Hervas, 1992
Forgue. E. Traitement des luxations congénitales de la hanche Nouveau Montpellier Médical 1897, Tome VI : 5 - 29
Le Breton. R. Bibliographie du Professeur Le Damany et sa contribution à l'étude et au traitement de la luxation congénitale de la hanche Thèse de Médecine - Rennes- 1971
Le Damany. P. La luxation congénitale de la hanche Ed. F. Alcan, 1912
Maheo. P.F. Un grand médecin rennais : Pierre Le Damany Thèse de Médecine - Rennes - 1979
Masse. A. Histoire et épidémiologie de la luxation congénitale de la hanche en Bretagne Acta Orthop. Belgica 1990;56: 43- 52.
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