G.A Ilizarov

 

Historique

 

Les biographies du GEOP

"QUI ETAIT-IL ?"

G.A. ILIZAROV (1921-1992) par J. Caton (Lyon)

Gavril Abramovitch ILIZAROV est né en Juin 1921, dans une famille juive, à Khuzari, village du Caucase. Son diplôme de Docteur en Médecine obtenu pendant la deuxième guerre mondiale à l'Université de Saimferopol en Crimée, ILIZAROV devient en 1944 Médecin Général à l'hôpital de Dolgovska, bourgade située à 150 Km de Kurgan en Sibérie Orientale.

C'est en 1946 qu'il commence à s'intéresser à l'orthopédie en soignant les blessés de retour du front à l'hôpital de Dolgovska. C'est en 1952, qu'ILIZAROV dépose son premier brevet pour son appareil original de fixation externe et c'est en 1951 que Gavril Abramovitch ILIZAROV a proposé son appareil d'ostéosynthèse trans-osseuse. Selon lui, celui-ci présente des avantages par rapport au modèle plus ancien de l'allemand WITMOSER. Son appareil circulaire qui fût également utilisé par Monticelli et Spinelli en Italie dans les année 80 et Wassertein en Allemage en 1963.

Ce n'est qu'en 1954 qu'il s'installe dans la ville de Kurgan dans la plaine sibérienne à 3 000 km à l'est de Moscou. Il travaille intensément à des études médico-biologiques et médico-techniques fondamentales qui aboutissent à la découverte de loi biologique générale permettant de comprendre le phénomène de réparation de morphogènése dans les lésions et les maladies de l'appareil locomoteur.

 

 

 

Le principe d'ILIZAROV

ILIZAROV n'introduisait pas seulement un nouvel appareil d'allongement mais une nouvelle conception biologique de la fixation et des allongements appelés par son auteur d'un terme franglais : la régénération en "distraction". Il en montrait également les possibilités d'utilisation chez l'adulte. Son appareil, avant tout par sa grande rigidité, permettait pour la première fois en URSS d'optimiser les conditions de traitement des fractures et de nombreuses maladies orthopédiques. "La technique de régénération osseuse en distraction" permettait de réparer sans greffe de vastes pertes de substance osseuse et des parties molles, d'allonger longitudinalement mais aussi transversalement en épaississant et en modelant les segments osseux.

Cette technique a révolutionné la biologie de l'os et de la croissance partant d'un tout autre principe que les autres méthodes classiques d'allongements. L'ambition de G.A. ILIZAROV étant de reproduire les mécanismes de la croissance.

En effet, selon ILIZAROV, le respect de l'environnement osseux, du périoste et notamment de la vascularisation médullaire, le respect des rythmes biologiques de la croissance avec un allongement de 0,7 mm par jour, le respect de certaines régles biomécaniques (stabilité et élasticité du fixateur ont permis d'obtenir une régénération osseuse appelé encore "ostéogénèse en distraction" par son promoteur. Cette régénération osseuse se produisant en tension et en élongation quelque soit l'âge des patients. La consolidation est d'autant plus rapide que le foyer est stable et qu'il existe une charge en mouvement. ILIZAROV a accordé beaucoup d'importance à la vascularisation centro-médullaire dans la génèse de cette régénation osseuse. La primautée donnée par ILIZAROV à la circulation endo-médullaire a été largement remise en cause par G. DE BASTIANI et R. ALDEGHERI, ces derniers accordant une importance primordiale au périoste, évolution unanimement admise actuellement et confirmée encore par les travaux expérimentaux que nous avons effectués en comparant le régénérat osseux obtenu par clou d'allongement centro-médullaire à celui obtenu par fixation externe de type Orthofix dans une série d'expérimentation sur la brebis en 1989.

 

 

Développement de la méthode.

Les résultats d'ILIZAROV sur les allongements n'ont été publiés pour la premièrre fois qu'en 1971. ILIZAROV entre temps, avait passé sa thèse de Sciences Médicales à l'Université de Permsk en Sibérie en 1968 date à laquelle il est également nommé Chef du laboratoire de l'hôpital de Kurgan dépendant de l'institut de Recherche Sverdlovsk de Léningrad.

En 1970, il devient chef du service d'Orthopédie et de Traumatologie de l'hôpital Général de Kurgan, en 1971 directeur de l'Institut de Recherches Scientifiques de Kurgan. En 1983, est inauguré le nouvel Institut de Kurgan, le KnieKot, que tous les orthopédistes, qui ont fait le voyage en Sibérie, ont connu.

 

C'est grâce au traitement du navigateur italien Carlo Mauri en 1981 que la technique d'ILIZAROV parvient en Europe. En effet, Carlo Mauri, également journaliste, est guéri en trois mois d'une pseudarthrose septique du tibia en 1981, ceci après les multiples interventions qu'il avait subies en Europe. Il conte son expérience aux médecins italiens qu'il rencontre à son retour d'URSS. Le journaliste Carlo Mauri était connu en Italie et dans le monde entier pour ses exploits sportifs et aventuriers (entre autre pour son odyssée sur une barque de papyrus). C'est grâce à son compagnon de voyage d'origine russe, un nommé Senkevic, que Carlo Mauri fit la connaissance de G.A. Ilizarov en mars 1980.

Ce sont donc les italiens qui pour la première fois en 1981 permettent à Ilizarov de sortir d'Union Soviétique et de participer à Bellagio et à Lecco en Italie, au congrés AO organisé par Roberto Cattanéo sur les infections osseuses. Cette technique diffuse ensuite dans tous les pays européens à partir de 1984 date à laquelle elle est appliquée en France pour la première fois.

Pour Ilizarov, c'est alors le vedettariat dans tous les pays du monde, il dirige en France un cours sur la méthode d'ILIZAROV à Strasbourg en 1986 et est l'hôte de la SOFCOT en 1988. En URSS, il devient député et reçoit le prix Lénine.

De nombreuses associations pour la défense et l'application de la méthode d'ILIZAROV sont fondées dans tous les pays du monde sous le terme d'ASAMI et regroupées autour d'une ASAMI internationale dont Roberto Cattanéo est actuellement le président et qui organise dans tous les congrès internationaux, européens, ou mondiaux, une journée sur le traitement d'un certain nombre d'affections osseuses par la méthode d'ILIZAROV.

G.A. ILIZAROV est également victime de son succès, en effet, atteint d'une infection polyvasculaire, il meurt en 1992 à Kurgan d'un infarctus du myocarde.

 

Conclusion

Si l'on devait donner le prix Nobel de Médecine à un chirurgien orthopédiste, nous pensons que pour la deuxième moitié de ce siècle, deux chirurgiens orthopédistes dont les idées ont soulagé l'humanité, auraient pu être couronnés pour leurs travaux ; d'une part Sir John Charnley et d'autre part Gavril Abramovitch ILIZAROV.

La méthode d'ILIZAROV avait une vocation universelle à "tout guérir", des infections en passant par les malformations congénitales, les petits tailles, les pseudarthroses post-traumatiques ou congénitales. Prés de quinze ans après l'introduction de la méthode d'ILIZAROV en Europe, un bilan a été fait dans de nombreux pays sur les apports de celle-ci.

Depuis 10 ans, ainsi que le disait Roberto Cattanéo lors du dixième anniversaire de la création de l'ASAMI Française : "le message d'ILIZAROV a été accepté mais modifié, la corticotomie d'ILIZAROV n'est plus la règle, la règle c'est le respect du périoste".

 

Nous remercions le Professeur R. Cattaneo pour son aide à la rédaction de cet article.

 

 

 

 

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