Jacques Mathieu Delpech

 

Historique

 

Les biographies du GEOP

"QUI ETAIT-IL ?"

Jacques Mathieu DELPECH (1777- 1832 ) par J. Ph. Cahuzac (Toulouse)

J.M. DELPECH est né à Toulouse le 2 Octobre 1777. Il semble que son orientation chirurgicale ait pris naissance à la suite d'une fracture ouverte de jambe survenue chez son père et traitée par Alexis LARREY en 1789. Celui-ci ayant dû s'absenter, c'est Jacques Mathieu qui poursuivit les pansements. Frappé par les qualités d'observation et d'adresse de ce garçon de 12 ans, A. LARREY le fit entrer à l'Hôpital de la Grave à Toulouse dont il était le chirurgien en chef. A 17 ans , J.M. DELPECH entreprit une carrière de chirurgien militaire, puis à 21 ans, il devint chirurgien-adjoint de l'Hôpital St Jacques à Toulouse. Il soutiendra sa thèse à Montpellier (une des trois Ecoles de Santé) en 1801 sur " De la possibilité et du degré d'utilité de la symphysiotomie.". Puis, revenu à Toulouse, il créa la Société de Médecine et enseigna l'anatomie.

 

De 1803 à 1812, il " monta " à Paris, travailla avec G. DUPUYTREN et fit la traduction française de l'oeuvre de A. SCARPA sur " Recherches sur les anévrismes ". Puis , il se présenta au concours pour l'obtention de la chaire de Clinique Externe de Montpellier où il fut reçu et devint Professeur de Clinique Chirurgicale, en septembre 1812. Il rompit, alors, avec son temps en affirmant " qu'un chirurgien est avant tout un médecin de premier ordre " et en prônant le temps plein hospitalo-universitaire à l'Hôpital St Eloi: " j'ai pris le parti de m'occuper de la clinique chirurgicale le matin et d'enseigner l'après-midi. ".

En 1816, il réalisa la première ténotomie sous-cutanée du tendon d'Achille chez un enfant de 9 ans présentant un pied bot varus équin résistant aux attelles. Il utilisa une double voie latérale " de l'étendue d'un pouce ", puis, il coupa le tendon d'avant en arrière avec un bistouri convexe sans toucher à la peau. Il ne corrigea le pied en flexion dorsale qu'au 28e jour et obtint un bon résultat qui a été confirmé par le Docteur BOUVIER vingt ans après). Cette technique décrite dans le " Précis des maladies réputées chirurgicales. " en 1816, sera reprise et améliorée par divers chirurgiens européen parmi lesquels STROMEYER en 1878 fut l'un des premiers.

En 1823, il publia son livre sur " La chirurgie clinique de Montpellier." dont un chapitre est consacré aux pieds bots. La description qu'il en fit n'a rien d'originale par rapport a celle de A. SCARPA en 1803. Probablement avait-il lu son traité lorsqu'il avait traduit l'observation sur l'anévrisme de l'aorte. Par contre, constatant les déformations osseuses et les déséquilibres musculaires, il tenta d'en expliquer leur genèse : " ...ainsi une affection des muscles qui changerait l'état de leur longueur, pourrait donner lieu secondairement à l'inclinaison des os et à la difformité du pied. ...La permanente déviation du pied devrait gêner le développement des os dans les points où ils éprouvaient une compression de la part des os voisins détournés de leur situation naturelle. .... on ne peut guère se refuser à admettre que la compression constante et réciproque des surfaces articulaires de deux os à une époque où la nature est occupée au développement ne puisse changer la forme qui doit en résulter. Il paraissait donc pressant d'agir au plus tôt dans l'intention de restituer au pied sa forme primitive. ... on pouvait espérer ainsi tirer parti de l'extensibilité des ligaments et des muscles ainsi que de cette compression mutuelle des os encore peu développés pour accélérer les progrès ultérieurs de cette difformité .".

Ainsi, il y a 170 ans , J.M. DELPECH, évoquait l'origine musculaire des pieds bots - quoi de plus en 1998 ? - et posait les bases physio-pathologiques de l'orthopédie pédiatrique en entrevoyant le jeu de sollicitations réciproques et leurs conséquences sur la morphologie des os et des articulations. Il n'a pas explicité lui-même les lois de la croissance osseuse mais il les a suscitées et l'on peut toujours parler des " Lois de DELPECH " qui restent fondamentales pour notre communauté.

Un médecin issu d'une autre spécialité que l'orthopédie pédiatrique, aurait pu décrire une version différente de l'histoire de J.M. DELPECH tant il fut protéiforme et novateur : chirurgie plastique (appareil d'immobilisation dans la réalisation des greffes à l'italienne), chirurgie du rachis (création d'un corset articulé), chirurgie humanitaire (épidémie de choléra en Grande Bretagne, prise en charge des émigrés " sans papiers " à Toulouse .....)

Il mourut assassiné à Montpellier, le 29 octobre 1832, à l'âge de 55 ans par un malade d'origine bordelaise qu'il avait opéré d'un varicocèle.

 

Si une partie de l'Europe a admis très tôt la validité des lois de DELPECH (1823), il faut reconnaître que les pays anglo-saxons jusqu'à un passé récent, ne connaissaient que la loi de HUETER-VOLKMANN (1862) (une augmentation de pression sur une épiphyse inhibe la croissance) et reconnaissaient à DELPECH le fait que l'on pouvait stimuler la croissance épiphysaire en diminuant la pression. Ainsi, pour expliquer un tibia varus, on utilisait la loi de HUETER-VOLKMAN pour comprendre la déformation et la loi de DELPECH pour expliquer son aggravation. En fait, le texte de DELPECH, écrit en 1823, est suffisamment explicite pour comprendre qu'il avait déjà admis que la compression inhibe la croissance des os du tarse dans le pied bot et que la chirurgie en déchargeant les os du tarse de cette asymétrie de pression permettait à la croissance de reprendre et à l'os de retrouver une forme plus proche de la normale.

Il faut souhaiter qu'aucun orthopédiste pédiatre français n'oubliera de mentionner (*) dans ces articles sur la croissance que c'est à J.M. DELPECH qu'il doit une base essentielle de son savoir.

NDLR : La référence est : J. M. Delpech. De l'orthomorphie par rapport à l'espèce humaine ou recherches anatomico-pathologiques sur les causes, les moyens de prévenir, ceux de guérir les principales difformités et sur les véritables fondements de l'art appelé : Orthopédie. Paris : Gabon 1828;Tome I:301-305.

 

 

SOFOP - Service d'Orthopédie et Traumatologie Pédiatriques - 149 rue de Sèvres - 75743 PARIS CEDEX 15