Historique
Les biographies du GEOP
"QUI ETAIT-IL ?"
Jean-Martin Charcot (1825-1893) par Jean-Claude Pouliquen avec la collaboration de J. Langlais et M. Marlène Obin (Paris)
En 1852, l'Hospice de "Vieillesse-Femmes" à la Salpêtrière abrite quelques 4500 pauvres "cancéreuses, galeuses, écrouellées, teigneuses, épileptiques" auxquelles il faut ajouter 1500 "aliénées". Jean-Martin Charcot vient y faire sa dernière année d'internat dans le service que dirige Cazalis, médecin des Hôpitaux. Personne ne se préoccupe alors de comprendre et de guérir ces malades qu'on se contente de nourrir et de préserver des regards.
Dix années plus tard, Charcot nommé à l'agrégation de Médecine depuis 2 ans, deviendra le chef du service de la Salpêtrière. Il fera de ce qui n'était qu'un hospice, la plus grande école de neurologie qui ait été de tous temps et au monde entier.
Quel homme était donc ce Jean-Martin Charcot ?
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Les études.
"... si j'ai eu des médecins parmi mes ancêtres, j'ai eu aussi quelques peintres. Entre les deux, mon coeur balance." Jean-Martin Charcot 1879
Au printemps de 1825, à la mort de Louis XVIII, Charles X se fait sacrer à Reims, certain d'être le roi qui saura raffermir la Restauration. Jean-Martin naît à Paris le 29 Novembre de la même année. Son père, Simon-Pierre Charcot, champenois d'origine, sellier de formation, fonde avec son beau-père Jean Antoine Saussier, une entreprise de charronnage et serrurerie dans la rue du Faubourg Poissonnière. Après Jean-Martin ( qu'on appellera Jean dans la famille) naîtront Eugène-Martin, Pierre-Martin (qu'on appellera Martin) et Emile-Martin. La famille est aisée sinon riche mais la mère disparaît en 1839 alors que les enfants sont encore bien jeunes. Jean fait des études classiques, d'abord à la pension Sabatier, puis au lycée Saint-Louis ; il est bachelier en 1843. Il ne sait trop quelle orientation prendre, hésitant entre une carrière artistique car il est doué pour le dessin et une carrière médicale dans laquelle il espère trouver les moyens de son ascension sociale. Ses frères auront des destins bien différents, Eugène, qui est d'abord marin, et Emile, deviendront militaires. Pierre prendra la succession de son père. Jean-Martin s'inscrit en médecine, devient bachelier es-sciences en 1844 et s'engage d'emblée dans l'épreuve des concours. Les cours à la faculté sont secondaires et la plupart des étudiants passent leur temps, certes dans les services et les laboratoires, mais aussi dans des cours privés - c'est-à-dire payants pour les étudiants- où enseignent Laënnec, Broca, Broussais et bien d'autres. Charcot est externe en 1846, interne provisoire en 1847 et interne titulaire l'année suivante. La révolution de 1848 laisse Charcot dans l'indifférence. Déjà, il travaille beaucoup, délivre des cours, devient membre de la Société de Biologie, puis de celle d'Anatomie. En 1853, il passe sa thèse et devient chef de clinique dans le service de Piorry à la Charité, poste qu'il occupe pendant deux ans.
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La carrière hospitalo-universitaire.
En 1856, Charcot réussit le concours de Médecin des Hôpitaux mais ne pouvant accéder à la responsabilité d'un service, il doit se contenter d'un poste de consultant au Bureau Central des Admissions, sorte de centre de triage de patients qui sont adressés ensuite dans d'autres hôpitaux. Il a bien un cabinet privé qu'il a ouvert dès l'obtention de sa thèse, mais les revenus qu'il en tire sont alors trop faibles pour qu'il puisse cesser de donner des conférences d'internat. La carrière universitaire ne se déroulera pas aussi vite qu'il l'aurait voulu. Il échoue au concours d'agrégation en 1857 et cet échec est probablement dû à certaines difficultés de communication qu'éprouvait Charcot. Pour améliorer son expression orale et aussi pour se faire reconnaître par la Faculté, il organise en 1858 un cycle de conférences sur le rhumatisme chronique à la Pitié. Il sera reçu agrégé stagiaire en 1860, puis agrégé titulaire en 1862. Il rejoint alors la Salpêtrière. Jusqu'alors, il s'est intéressé à tous les champs de la pathologie, le rhumatisme bien sûr qui a été le sujet de sa thèse, mais aussi les infections, les intoxications, et bien d'autres sujets encore. Malgré l'absence de base hospitalière qui est un lourd handicap, il commence à jouer dans la cour des grands ; connaissant parfaitement la littérature internationale qu'il lit très scrupuleusement - y compris en allemand-, il parvient à attirer l'attention de Charles Robin et de Claude Bernard, notamment par ses interventions à la Société de Biologie. Ayant accédé à ce service hospitalier de la Salpêtrière, il a maintenant la possibilité d'aller plus loin et d'être lui-même ce grand universitaire qu'il a si longtemps rêvé de devenir. Là encore, tout ne va pas aller pour le mieux. En 1866, agrégé de 40 ans, ancien vice-président de la Société de Biologie, chevalier de la Légion d'Honneur, déjà fort de plus de 80 publications, il pense pouvoir briguer une chaire de médecine d'autant que Vulpian, d'un an plus jeune que lui, a pu obtenir celle d'anatomie pathologique quelques semaines auparavant. Deux chaires sont à pourvoir. Charcot décide de se présenter mais commet là une erreur fatale : au lieu de se contenter de ses titres, de ses travaux et du respect que tous les professeurs lui témoignent, il essaie de se faire appuyer par l'intermédiaire d'un ami auprès de Victor Duruy, ministre de l'Instruction Publique. Le conseil de Faculté n'apprécie pas. Charcot n'obtiendra pas une seule voix à la première chaire attribuée à Axenfeld et seulement quelques-unes à la deuxième qui sera finalement attribuée à Hardy. Ainsi, Charcot n'est-il pas professeur titulaire. Face à Vulpian, pourtant plus jeune que lui, il apparaît trop clinicien, pas assez chercheur, face à Axenfeld, d'origine ukrainienne, il n'a pas assez d'éloquence et un peu trop d'assurance, face à Hardy, il apparaît peut-être trop progressiste à une époque où les politiques reprochent à l'Université Impériale d'ouvrir les chaires à des candidats trop jeunes et politiquement marqués, « trop libre-penseurs, trop juifs ou trop matérialistes » aux yeux du Clergé (1)...
La nouvelle république lui apportera ce que l'Empire lui a refusé ...
1870-1871, la tourmente de la guerre puis celle de la Commune passent sur la France et particulièrement sur Paris. Tandis que marié depuis quelques années, il voit sa famille devoir s'expatrier quelques temps, Charcot continue son action à la Salpêtrière où il a commencé à organiser ses leçons depuis 1862. En 1872, il devient enfin le titulaire de la chaire d'Anatomie Pathologique laissée libre par Vulpian qui va occuper celle de la Pathologie Expérimentale.
Charcot a 47 ans. L'horizon s'est éclairci.
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Charcot à la Salpêtrière.
"Il faut y retourner et ... y rester." Charcot (au sujet de la Salpêtrière) 1860 .
Depuis la Révolution de 1789, les bases de la médecine se sont modifiées en s'appuyant sur l'observation clinique, puis sur l'anatomie pathologique. En 1819, Laënnec âgé de 28 ans découvre l'utilisation du stéthoscope avant de décrire entre autres la relation qui existe entre la cirrhose du foie et l'alcool. Claude Bernard a engagé le monde médical dans une voie résolument scientifique. Rien ne doit être laissé au hasard ; tout doit être prouvé et éprouvé. Cruveilhier a déjà publié ses traités d'anatomie pathologique et notamment son anatomie du système nerveux. Bien que clinicien dans son âme et dans son comportement, Charcot a bien compris qu'il n'imposerait ses conceptions que dans ce nouvel esprit de logique scientifique. Il va profiter d'une mine inépuisable de malades hospitalisés à la Salpêtrière avec au début et pour seuls collaborateurs deux internes et quelques externes et s'orienter vers la pathologie neurologique ; il s'appuiera sur une salle d'autopsie et un "laboratoire" qui est une cuisine désaffectée dans laquelle il a fait placer quelques microscopes (1). La méthode anatomo-clinique est née.
Auparavant, la connaissance des maladies neurologiques était sommaire. Romberg avait en Allemagne séparé ces maladies en "neuroses motrices" et "neuroses sensitives" qu'il attribuait les unes et les autres à des causes variées organiques, structurales, nutritionnelles et fonctionnelles (1) sans aucune référence à l'anatomie pathologique. Brown-Séquard a bien posé des jalons dans l'explication anatomique des maladies du système nerveux en publiant en 1846 sa thèse sur le syndrome qui porte son nom. Duchenne de Boulogne utilisant ses explorations galvaniques depuis 1847, avait commencé à démembrer nombre d'affections ; la paralysie atrophique de l'enfance est décrite en 1855, l'ataxie locomotrice en 1859, la paralysie musculaire pseudo-hypertrophique ou myopathie en 1868, un an après avoir publié son livre "La physiologie des mouvements". Duchenne, qui avait quitté Paris très tôt après la fin de son internat, avait travaillé à la Salpêtrière avant l'arrivée de Charcot et c'est tout naturellement qu'il lui fut proposé de continuer à y venir régulièrement. Les rapports entre les deux hommes n'étaient pas très amicaux mais ils étaient courtois ; l'un et l'autre comprenaient qu'il était de leur intérêt de rester solidaires. Charcot n'étant pas anatomo-pathologiste, était resté en rapport étroit avec son ami de toujours, Vulpian qui l'aida constamment pour l'activité de laboratoire, lui fournissant des collaborateurs et lui prodiguant toujours ses conseils.
Charcot, dans un esprit fédérateur, sait alors réunir autour de lui toutes les bases d'une médecine moderne : il a lui-même un sens clinique inégalé depuis Laënnec ; il ordonne, structure cet examen utilisant la thermométrie, le marteau réflexe, explorant son patient méthodiquement et selon un raisonnement logique. Il s'entoure de collaborateurs qui connaissent l'anatomie normale et pathologique, la microscopie, la physiologie. Il sait utiliser aussi le don qu'il a du dessin, n'hésitant pas à faire appel à des graphistes célèbres, voire à des artistes puis à de grands photographes. Il équipe une salle pour garder les empreintes plantaires relevées au cours du pas : un laboratoire d'étude de la marche en quelque sorte...
Il passe toutes ses matinées à l'hôpital. Si durant les premières années, il parcourt les salles de malades avec ses assistants et ses internes, plus tard il demandera de se contenter d'en examiner quelques-uns dans son bureau. Essayant de comprendre, de classer toutes ces maladies inconnues, il a besoin d'une concentration et d'un calme qu'il ne trouve qu'à l'abri de l'agitation des grandes salles communes. Les séances d'enseignement de Charcot ont rapidement attiré des visiteurs du monde entier. La Leçon du Mardi est une consultation à laquelle sont montrés des patients externes qui ont des symptômes divers, souvent de début d'une maladie et que des internes ont déjà vus. C'est dans ce cadre qu'il sera amené à examiner Alphonse Daudet (3). Charcot ne fait que compléter l'interrogatoire de quelques questions ou préciser l'examen clinique de quelques gestes. Sa très grande expérience lui permet d'avancer le diagnostic le plus probable. Il lui importe plus de faire ce diagnostic, de l'expliquer, de l'appuyer que de donner un traitement ; son désintérêt pour la thérapeutique -qui représente pourtant ce que lui demandent ses patients- lui sera reprochée par beaucoup de ses contemporains. Il se fait aussi présenter des patients hospitalisés ayant des formes évoluées de maladies afin que l'auditoire puisse comprendre la progression de certaines affections. Cette consultation est empreinte d'une certaine bonhomie (1) et d'une liberté d'expression qui permet à chacun de donner un avis. C'est aussi dans ce cadre que certaines maladies déjà décrites comme la chorée de Huttington ou la maladie de Friedreich ont pu être reconnues pour la première fois et enseignées en France. Le cours magistral du Vendredi n'a pas cette spontanéité ; les conférences sont longuement préparées mais elles sont délivrées sans éloquence, concises et très pratiques en présence d'un malade qui est placé au centre de la salle et qui fait l'objet d'un examen méthodique ; Charcot, comme il a été souvent souligné, n'est pas un bon orateur mais il vit réellement et complètement ce temps de l'examen qu'il exécute devant cette assemblée ; il va, il vient, il examine et interroge, il gesticule, il explique, il revient auprès du patient pour montrer un point de l'examen et "parfois-même dans le feu de l'action, se laisse entraîner à mimer ce qu'il voulait que l'on vît et que l'on comprît." (Pierre Marie).
Si Charcot n'est pas un grand orateur, il est un excellent metteur en scène qui sait capter l'attention, entretenir le mystère et trouver toujours la chute. Ce véritable show attire de nombreux médecins qui ont décrit ces séances avec beaucoup d'étonnement et de respect ; de nombreuses images - peintures, caricatures ou photographies- en ont été diffusées dans le monde entier. Peut-être Charcot avait-il inventer son mad staff à lui, un type tout nouveau de réunions de médecins intéressés par les mêmes problèmes et où une certaine liberté, une spontanéité permettaient d'approfondir et de mieux comprendre ? C'est en tout cas au cours ou au décours de ces réunions que sont nés de nouveaux concepts et qu'ont été démembrés certains grands groupes de maladies qui maintenant portent le nom de Charcot.
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Charcot, l'hystérie et l'hypnose.
"La théorie c'est bien mais ça n'empêche pas d'exister." (Charcot)
Jusqu'à la fin du deuxième Empire, l'hystérie a gardé une connotation religieuse. Elle est considérée comme l'oeuvre du démon et ce sont des prêtres qui se chargent de la traiter. En 1870, Bourneville arrive à la Salpêtrière. Elève de Charcot, il s'est intéressé à plusieurs cas d'hystérie féminine qu'il a décrits en détail comme celui de Rosalie Leroux et il parvient à convaincre Charcot d'en étudier quelques autres. Ce dernier définit avec Richer les phases successives de la crise d'hystérie et s'engage dans l'utilisation de divers agents extérieurs qu'il pense être susceptibles d'influer le cours de la maladie, les métaux dits de Burq, les aimants, les courants électriques, les solénoïdes, le froid et le chaud. Il arrivera progressivement à l'hypnose et il tentera d'expliquer comment celle-ci peut créer la crise d'hystérie comme elle peut aussi la faire cesser. C'est pour lui un moment difficile de sa vie, car il s'attire beaucoup de critiques de la part de ceux qui ne voient dans l'hypnose qu'une certaine forme de charlatanisme.
Charcot est un positiviste, un matérialiste ; il est persuadé que ces hystériques, femmes ont en elles-mêmes une cause organique à leur maladie et c'est cette cause qu'il essaie de trouver. Certes, il est sûr qu'un événement du passé a déclenché les phénomènes mais il pense qu'une lésion cérébrale existe et il la cherche. Il rapporte l'origine de certaines crises d'hystérie féminine à un organe précis et plus particulièrement à l'ovaire. Il appuiera cette théorie organique lorsqu'il trouvera quelques cas d'hystérie masculine avec, là aussi, une explication sexuelle. L'hypnose est pour lui une façon de pénétrer le fond de l'âme et de libérer tous les fantasmes qui s'y nichent. Il l'exploite largement au cours de séances tenues en présence non seulement de médecins, mais aussi, et peut-être un peu trop ... du tout-Paris. Il acquiert ainsi une immense notoriété ; il est NapoleonenKopf pour les Allemands et Neurosis' Napoleon pour les Américains. Il obtient enfin ce qu'il voulait depuis longtemps. Pour lui, et grâce à Bourneville devenu conseiller municipal de Paris, on crée une chaire de Neurologie à la Salpêtrière, on lui installe une "policlinique" avec un "hôpital de courts séjours" et une unité lui permettant d'accueillir des malades du sexe masculin. C'est plus tard qu'il montrera au cours de ses présentations publiques quelques "paralysies psychiques" commençant alors à parler d'"explication psychologique" à ces phénomènes d'hystérie. Il a peu à peu, et non sans résistance, abandonné ses premières théories organiques pour ne retenir que les explications psychologiques.
De là à avancer que Charcot était le père spirituel de Freud qui vint le visiter en 1885 et qui avait été très impressionné par l'homme, et qu'il était donc l'initiateur de la psychanalyse, il n'y avait qu'un pas que certains ont franchi. Mais comme le soulignent Bonduelle, Gelfand et Goetz (1), "Charcot n'a abordé que superficiellement [l'inconscient].. qu'il inclut dans un contexte qui appartient essentiellement à la neuropathologie clinique." Ceci n'enlève rien à l'influence de Charcot sur Freud qui garda dans son bureau une copie du portrait de "La leçon clinique" et qui appela "Jean-Martin" son fils né en 1889. Ceci n'enlève non plus rien à l'oeuvre immense de cet homme de génie autour duquel s'est créée la neurologie moderne.
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L'homme.
Nous avons vu l'enfance et la jeunesse de Charcot qui a vécu dans un milieu somme toute modeste. Il épouse en 1864 une jeune veuve, Augustine-Victoire Durvis née Laurent qui a une fille d'un premier mariage ; elle est issue d'une famille de tailleurs en renom et elle est riche. Jean-Martin a alors 39 ans. Ce mariage, probablement de raison - Augustine apporte 450000 francs de dot - donnera une vie de famille heureuse à Charcot. Son épouse est vive, attentive, intelligente, de bons conseils, elle aime les arts et s'occupe parfaitement de ses enfants. Grâce à elle, Jean-Martin Charcot est à l'abri du besoin : hôtel particulier dans le boulevard Saint-Germain, maison à Neuilly, réceptions fastueuses auxquelles sont invités hommes politiques, artistes et écrivains ; il perdra peu à peu le sens de la mesure et deviendra de plus en plus napoléonien, autoritaire et sectaire (2) autant dans son milieu professionnel que dans sa propre maison.
Rien ne se fait plus sans son accord dans ce monde médical et universitaire de l'époque. Bien que fidèle en amitié et attaché à ses élèves qu'il aide en toutes circonstances et avec lesquels il passe des soirées rabelaisiennes qui sont restées en mémoire, il sera peu à peu abandonné par beaucoup ; la cause en est certainement son culte excessif de la personnalité et son goût pour le vedettariat. Les rapports qu'il a avec ses propres enfants sont alors un peu conflictuels ; son fils Jean voulait être marin -comme l'un de ses oncles- et la légende veut que l'annonçant à son père, celui-ci lui répondit "Oui, pourquoi pas ? En attendant, tu seras médecin." Ce fils, obéissant, sera effectivement médecin mais il deviendra un jour et pour tout le monde le célèbre commandant Charcot du .."Pourquoi-Pas ?.". Comme sa soeur Jeanne, il attendra que son père soit mort pour convoler. Il épousera l'ancienne femme divorcée de son ami d'enfance Léon Daudet et qui n'est autre que Jeanne Hugo. Léon Daudet a plusieurs fois exprimé l'énigme que lui inspirait la personnalité de Jean-Martin Charcot qu'il avait bien connu mais dont il ne comprenait pas certains aspects et notamment le despotisme (2).
Les deux familles étaient liées d'amitié et vivaient dans des maisons voisines, Charcot s'occupant des problèmes de santé d'Alphonse Daudet tandis que leurs fils, amis d'enfance, faisaient en même temps leurs études de médecine. La brouille vint probablement du fait que Charcot voulut arrêter le traitement que suivait Alphonse Daudet gravement malade ; il lui était reproché aussi de n'avoir suffisamment usé de son influence pour que Léon soit nommé à l'internat en même temps que Jean...
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La fin.
Charcot avait quelques soucis cardiaques dès la cinquantaine passée. Il ne voulait ni se soigner, ni diminuer son activité. Toutes ces années l'avaient beaucoup éprouvé. En 1890, Bernheim, neurologue réputé de Nancy, l'avait attaqué sans ménagement au sujet de l'hypnose notamment à l'occasion d'un procès criminel. En 1892, son autorité avait été mise en cause par son ancien élève Bouchard à l'occasion d'un concours d'agrégation ; contre toute attente, Joseph Babinski et Gilles de la Tourette, tous deux de l'école de la Salpêtrière, n'ont pas été nommés. Charcot est alors un homme affaibli. A cette époque de scandales, politiques, financiers, judiciaires, militaires - c'est l'époque de l'affaire de Panama, de l'affaire Dreyfus- , il n'a pas été épargné par les journalistes. En Août 1893, il décide de partir se reposer dans le Morvan avec entre autres élèves, le jeune Valéry-Radot, qui est le gendre de Pasteur. Dès son arrivée, il visite Vézelay, dîne joyeusement à l'auberge du lac des Settons et monte de bonne heure dans sa chambre pour écrire une lettre à sa femme avant de se coucher (1). Au cours de la nuit, il ressent quelques difficultés respiratoires. Il meurt au petit-matin. Ramené à Paris, il aura des funérailles officielles à l'église Saint-Louis de la Salpêtrière et sera inhumé au cimetière de Montmartre.
Le Journal of the American Medical Association écrira à cette occasion : "À travers le monde civilisé, partout où l'on parle le langage de la médecine, se manifeste le regret sincère que Charcot ne soit plus.".
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Références
(1) M Bonduelle, T Gelfand, C G Goetz. Charcot, un grand médecin de son siècle. 1996. Michalon Ed. Paris
(2) L Daudet. Le professeur Charcot ou le césarisme de Faculté. in « Les oeuvres dans les hommes. » 1992. Nouvelle librairie nationale.
(3) A Daudet. A la Salpêtrière. in les « Oeuvres complètes »1930. Librairie de France. |