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Historique
Les biographies du GEOP
" Qui était t'il ? "
NICOLAS ANDRY (Lyon 1658 - Paris 1742): L'inventeur du mot " orthopédie " par R. Kohler (Lyon)
Nicolas ANDRY est un auteur curieusement mal connu, il est pourtant l'inventeur du mot «orthopédie» (au sens étymologique d'orthopédie «pédiatrique»). Sa longue vie, à cheval sur 2 siècles, et son oeuvre méritent d'être rapportés.
Nicolas ANDRY est né à LYON en 1658. Après quelques études de théologie, il abandonne cette voie ecclésiastique dés 1690, prend le surnom de BOIS-REGARD et va étudier la médecine à la Faculté de REIMS (concurrente de la Faculté de PARIS). Après la dissolution de celle-ci en 1694 par LOUIS XIV, il repasse tous ses examens à PARIS. Il y soutient en 1697 une de ces thèses (en latin) au titre singulier "De l'action que peuvent avoir dans la cure des maladies, la gaieté du médecin et l'obéissance du malade".
Ambitieux, très actif, ANDRY connut une carrière pour le moins agitée, sous-tendue en permanence par la polémique avec ses pairs. Suppléant ( 1701 ) puis titulaire de la chaire de médecine au Collège de FRANCE, enfin Doyen de la Faculté, critique au Journal des savants, il n'eut de cesse de s'acharner particulièrement contre les "chirurgiens-barbiers" en les rabaissant au rang de "sous-médecins": les barbiers sont ces gens qui rasent tous les jours dans leur boutique où l 'on voit d 'ailleurs écrit : Céans, on fait le poil proprement "..... Il exerce ensuite ses talents de polémiste à l'encontre de ses collègues de la Faculté qui le décrivent comme un individu "superbe, méprisant, confus, dédaigneux, irascible, jaloux, médecin journaliste ! " ...ANDRY sera finalement "vaincu" au terme d'une lutte sans merci : il sera démis de ses fonctions au Journal des Savants et obligé de démissionner du décanat. Il mourut à PARIS le 13 mars 1742, à l'âge de 84 ans, un an après avoir écrit son livre fameux "L'Orthopédie".
En 1700, il publie un premier livre : " De la génération des vers dans le corps de l'homme. De la nature et des espèces de cette maladie, les moyens de s'en préserver et de la guérir". Cet ouvrage lui vaudrait le titre de père de la parasitologie même si son exposé de la pathologie "vermineuse" est souvent fantaisiste. En 1704 un autre livre vient compléter le précédent: "Complément sur les maladies "vermineuses". Ces deux livres lui vaudront surnoms, homo vermiculosus " ou encore "homo verminoso " .
Il écrit à 82 ans l'ouvrage qui lui donnera sa notoriété actuelle: "L'orthopédie ou l'art de prévenir et de corriger dans les enfants les difformités du corps. Le tout par des moyens à la portée des pères et des mères et de toutes les personnes qui ont des enfants à élever". Ce livre publié à PARIS en 1741 connut un grand succès littéraire. Il est publié à BRUXELLES en 1742, à LONDRES en 1743, traduit en anglais (Orthopaedia), en allemand (Orthopaedie) en 1744. La lecture est agréable, les propos sont simples, empreints de pédagogie et de bon sens, un peu à la façon d'un "Art d'être grand-père". Il est illustré de 12 superbes gravures dessinées par HUMBLOT et sculptées sur bois par GUELARD.
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Gravure Frontispice de l'édition française du livre "L'orthopédie. ( 1741 )
L'oeuvre se divise en 4 livres . Une longue préface "sémantique" explique la genèse du mot orthopédie :"quant au titre en question je l'ai formé de 2 mots grecs, savoir "Orthos" qui veut dire droit, exempt de difformité qui est selon la rectitude et "Paidion" qui veut dire enfant. J'ai composé de ces deux mots, celui d'orthopédie pour exprimer en un seul terme, le dessein que je me propose qui est d'enseigner divers moyens de prévenir et de corriger dans les enfants les difformités du corps". Ce néologisme procède d'un mécanisme similaire, explique-t-il, à celui utilisé précédemment par d'autres auteurs comme SCEVOLLE DE SAINTE MARTHE qui écrit en 1584 un ouvrage "pédo/trophie" (manière de nourrir les enfants à la mamelle ou Claude QUILLET en 1656 "La Calli /pédie" (moyen d'avoir de beaux enfants ).
Le livre 1 rappelle les notions d'anatomie artistique et topographique de toutes les régions du corps. (le chapitre sur les proportions extérieures du corps humain est curieux et intéressant). Le style est plaisant, enrichi de citations poétiques, littéraires, historiques. Le livre 2 traite des moyens utiles pour prévenir et corriger les attitudes incorrectes du tronc et de la colonne vertébrale. A côté de commentaires qui font sourire, les directives thérapeutiques qui relèvent de la physiothérapie sont justes et pleines de bon sens: hygiène posturale (siège de paille, table pour écrire, position pour coudre) importance des mobilisations actives (préférables aux simples manipulations passives: jouer sur la curiosité pour s'opposer à un torticolis, port d'une échelle ou d'un poids du côté opposé à la déformation. Il propose enfin pour le traitement de la scoliose (" tortuosité ") l'usage d'un corset rembourré changé tous les 3 mois. Le livre 3 traite des difformités des membres. ANDRY propose de bien distinguer les inégalités congénitales ou acquises (par "dessèchement") et les faux raccourcissements, par luxation (dans ce dernier cas, il suggère de "recourir sans tarder à l'action du chirurgien" ????). On observe aussi qu'il préconise le recours au langeage large, comme chez les "nègres d'Afrique et sauvages du Canada", principe qui reste tout à fait d'actualité...........Pour les incurvations du tibia, il propose un traitement "orthopédique" s'il en est: le redressement progressif "par un bandage appuyé sur une plaque de fer comme on s'y prend pour redresser la tige courbe d'un jeune arbre". Ceci est la légende de la fameuse gravure de l'arbre tors. Le livre 4 enfin aborde les malformations de la tête et de la face, bec de lièvre, des oreilles décollées, le principe des lambeaux (pour refaire un nez sectionné grâce au bras) et même les principes d'orthophonie. Curieusement l'ouvrage se conclut par des réflexions morales (assez agressives contre les nourrices, "mal éduquées pour le bon développement physique et aussi moral des enfants".) Ainsi 3 recommandations sont faites: tout faire pour que l'enfant exclue le sentiment de vengeance, le mensonge et la peur.
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Le tome I du livre publié en 1741
Ce livre est sous-tendu par le souci de la beauté du corps et de la forme physique ce qui lui donne un éclairage éminemment moderne. L'Encyclopédie de DIDEROT et d'ALEMBERT comportera dans un volume publié en 1763 un chapitre entièrement consacré à la chirurgie et à l'orthopédie, faisant de larges emprunts à ANDRY, contribuant ainsi à asseoir le concept de l'orthopédie.
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Nicolas ANDRY ne mérite ni mépris ni excès de considération. Il n'est sûrement pas le "père" de l'orthopédie comme peuvent l'être son contemporain J.L. PETIT (Traité des maladies des os 1705 - 1 ère édition) ou juste après lui J. VENEL (1740-1791). Il n'a rien apporté de fondamental, sinon des concepts simples sur la prévention, la "plasticité" de l'enfant, l'importance de la gymnastique. Toutes ces recommandations, qui restent d'actualité, feraient plus de ANDRY le "grand-père" de notre art, un sage et un esthète...Toutefois il s'inscrira dans la postérité au travers du mot " orthopédie " et de la gravure devenue classique "l'arbre tors" qui en deviendra le symbole, adopté aujourd'hui par un grand nombre de sociétés d'orthopédie dans le monde. Plus précisément même, il schématise assez bien le traitement de la scoliose par les techniques d'ostéosynthèse postérieure, dérivées de la technique de Harrington.
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